Des échantillons de cheveux conservés dans des albums de famille depuis un siècle révèlent le succès des efforts engagés par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) contre la pollution au plomb depuis les années 1970.
En quelques décennies, les politiques visant à éliminer progressivement le plomb de produits comme la peinture, les canalisations et l’essence ont fortement réduit l’exposition humaine à cette substance neurotoxique. Des chercheurs de l’université de l’Utah ont retracé cette victoire pour la santé à partir de mèches de cheveux transmises de génération en génération.
Les cheveux de familles de l’Utah, témoins de l’exposition au plomb
L’exposition humaine au plomb a augmenté pendant des milliers d’années avant que ses effets sur la santé ne soient reconnus. Son accumulation dans l’organisme accroît le risque de maladies cardiovasculaires et cardiaques, tout en menaçant la santé mentale et le quotient intellectuel des enfants.
Réduire l’exposition au plomb est une chose ; prouver que l’organisme en absorbe effectivement moins en est une autre. Pour cela, il faut recueillir sur de longues périodes des échantillons biologiques provenant de personnes réparties sur une vaste région. Or, si le plomb s’accumule dans les cheveux, rares sont ceux qui conservent leurs mèches intactes pendant des décennies.
L’intérêt porté à l’histoire familiale pousse toutefois de nombreux habitants de l’Utah, en particulier les membres de l’importante population mormone de l’État, à garder des souvenirs de leurs ancêtres, dont de précieuses mèches de cheveux.
« La tenue d’un journal ou d’un “livre de souvenirs” est une tradition ancienne au sein de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Dans cet esprit, les cheveux et les dents de l’enfance sont souvent conservés pour honorer les familles », expliquent les chercheurs.
Des membres de cette communauté ont accepté de fournir 48 échantillons de cheveux de leurs proches, dont certains remontent à 1916. Les chercheurs ont mesuré leur teneur en plomb par spectrométrie de masse, constituant ainsi une série de données modeste mais solide sur l’exposition individuelle dans le Wasatch Front, au centre-nord de l’Utah. Cette région densément peuplée a autrefois subi une forte pollution au plomb liée aux fonderies.
La réglementation de l’EPA et le recul du plomb
Avant 1970, année de la création de l’EPA et du début de sa réglementation de l’industrie, l’essence contenait généralement environ 2 grammes de plomb pour 3,785 litres. Les émissions de ce carburant au plomb sortaient des pots d’échappement des automobiles, si appréciées aux États-Unis, avant de pénétrer dans les poumons et les cheveux des personnes à proximité. Les fonderies de l’Utah contribuaient elles aussi à l’exposition.
Après 1970, la consommation d’essence a continué de progresser aux États-Unis, mais les nouvelles règles de l’EPA ont limité les teneurs en plomb. Dans le même temps, celles mesurées dans les cheveux de l’Utah ont diminué, passant de 50 parties par million (ppm) à 10 ppm dans les années 1990. Les échantillons postérieurs à 2020 présentaient une moyenne inférieure à 1 ppm de plomb.
« Nous ne devons pas oublier les leçons de l’histoire. Et la leçon, c’est que ces réglementations ont été très importantes », affirme l’auteur principal Thure Cerling, géologue et biologiste à l’université de l’Utah.
« Elles semblent parfois contraignantes et empêchent l’industrie de faire exactement ce qu’elle voudrait, au moment où elle le souhaite ou aussi vite qu’elle le souhaite. Mais elles ont eu des effets vraiment, vraiment positifs. »
L’étude a été publiée dans les Comptes rendus de l’Académie nationale des sciences.






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