De plus en plus de personnes ouvrent moins souvent le robinet, par manque de temps ou par souci de l’environnement, mais aussi parce que de nouvelles technologies promettent d’autres façons de prendre soin de son corps. Au Japon, une « machine à laver pour humains » fait actuellement parler d’elle : installée dans une capsule fermée, elle prend en charge tout le cycle de lavage.
Pourquoi prenons-nous moins de douches ?
Depuis plusieurs années, les enquêtes menées en Europe et aux États-Unis révèlent une tendance nette : se doucher tous les jours n’est plus considéré comme une obligation. Les dermatologues mettent en garde contre les lavages trop fréquents, les coûts de l’énergie augmentent et les économies d’eau sont devenues une préoccupation largement partagée.
- Le prix élevé de l’énergie et de l’eau rend les longues douches moins attrayantes.
- Les dermatologues recommandent de préserver la couche protectrice naturelle de la peau.
- Le télétravail et les modes d’organisation plus souples modifient les habitudes quotidiennes.
- De nouveaux appareils de nettoyage rapide et de bien-être viennent compléter ou remplacer la douche traditionnelle.
C’est dans ce contexte qu’apparaît une innovation venue d’Osaka : une capsule de haute technologie qui pourrait remplacer certaines douches quotidiennes ou, du moins, en changer sensiblement le principe.
La « machine à laver pour humains » venue du Japon
L’entreprise japonaise Science Co. développe un système baptisé « Mirai Ningen Sentakuki », que l’on peut approximativement traduire par « machine à laver pour l’humain du futur ». Il s’agit d’une capsule fermée dans laquelle on s’assoit, un peu comme dans un très grand fauteuil de massage ou un sauna miniature.
Une fois la personne installée, le cycle de lavage démarre automatiquement. La capsule se remplit d’eau et active un dispositif produisant des millions de minuscules microbulles, destiné à nettoyer le corps sans avoir à se savonner ni à se frotter.
Les développeurs promettent un lavage et un séchage complets en environ 15 minutes, sans intervention de l’utilisateur et en fonction de son état physique.
Comment fonctionne la technologie des microbulles
Les microbulles sont déjà utilisées dans certaines applications de bien-être. Suffisamment petites pour pénétrer dans les pores de la peau, elles peuvent y déloger les particules de saleté. Le nettoyage nécessite ainsi beaucoup moins de friction mécanique, et donc moins de frottements et de brossage.
La capsule pousse ce principe plus loin :
- de très fines bulles sont censées nettoyer la peau en douceur ;
- la température de l’eau s’ajuste automatiquement ;
- la pression et la direction du courant peuvent varier.
L’objectif est d’obtenir un nettoyage approfondi sans exposer constamment la peau et les muqueuses à des produits nettoyants agressifs.
Le bain devient un poste de mesure de la santé
La machine ne se contente pas de laver : elle vise aussi à recueillir des données. De nombreux capteurs intégrés à la capsule enregistrent des paramètres corporels, notamment la fréquence cardiaque. À plus long terme, ils pourraient également mesurer la variabilité du pouls, la circulation sanguine cutanée ou des signes de stress.
Une intelligence artificielle intégrée analyse ces informations en temps réel et adapte le cycle. Une personne stressée bénéficie d’une eau plus chaude, de courants plus doux, d’une lumière apaisante et, peut-être, de sons moins forts. Si elle semble plutôt fatiguée, un mode légèrement plus stimulant lui est proposé.
Ce que font aujourd’hui les bracelets d’activité et les montres connectées pourrait demain s’effectuer simplement pendant la toilette : la douche deviendrait un centre de suivi de la santé.
Un bien-être personnalisé plutôt qu’un pommeau de douche standard
D’après les développeurs, la machine peut notamment régler les paramètres suivants :
| Paramètre | Quels réglages sont possibles ? |
|---|---|
| Température de l’eau | Plus chaude en cas de tensions, plus fraîche en cas d’épuisement ou de sensation de chaleur |
| Pression des jets d’eau | Plus forte pour stimuler, plus douce pour détendre |
| Ambiance lumineuse | Lumière chaude et tamisée ou tonalités plus vives et stimulantes |
| Ambiance sonore | Par exemple, bruit de la mer, sons de la nature ou musique relaxante |
L’expérience devrait ainsi évoquer davantage une visite au spa qu’une banale douche imposée avant de partir travailler.
Une idée ancienne, une technologie nouvelle : les origines dans les années 1970
Le concept n’est pas entièrement inédit. Dès les années 1970, l’Exposition universelle d’Osaka présentait une sorte de « machine à bain automatique » comme vision de l’avenir. La technologie de l’époque restait toutefois très éloignée des possibilités actuelles : les capteurs performants, la puissance de calcul et l’intelligence artificielle faisaient défaut.
L’idée revient aujourd’hui avec des moyens tout autres. Les dispositifs de calcul se sont miniaturisés, les capteurs coûtent moins cher et le secteur de la santé mise fortement sur les données numériques. Un ancien rêve futuriste pourrait ainsi devenir accessible.
La capsule remplacera-t-elle la douche quotidienne ?
Il reste à savoir si ces cabines trouveront un jour leur place dans les logements ordinaires. Pour l’instant, le système conviendrait davantage aux hôtels, aux espaces de bien-être, aux maisons de retraite ou aux hôpitaux. Les personnes à mobilité réduite pourraient notamment profiter d’un cycle de lavage automatisé demandant peu d’effort physique.
Dans un premier temps, les usages envisageables seraient par exemple :
- les suites haut de gamme d’hôtels proposant à leurs clients une « salle de bains du futur » ;
- les salons de première classe des aéroports, où les voyageurs pourraient se rafraîchir entièrement en 15 minutes ;
- les centres de rééducation et les établissements de soins, où il ne serait plus nécessaire de soulever péniblement les patients pour les installer dans une baignoire.
À domicile, ces systèmes pourraient au moins remplacer certaines douches, notamment pour se nettoyer rapidement après le sport ou pour profiter d’un rituel relaxant en soirée.
Quel est réellement le niveau d’hygiène ?
Les développeurs affichent une ambition élevée : parvenir à une propreté absolue en peu de temps. Sa réalisation dépendra de plusieurs facteurs, notamment de l’entretien de la capsule, de la qualité des filtres et de la gestion de l’humidité résiduelle dans le système. L’hygiène revêt une importance particulière lorsque plusieurs personnes utilisent l’appareil.
Les dermatologues rappellent par ailleurs qu’être « propre » ne signifie pas éliminer toute la couche naturelle de graisse de la peau. La technologie des microbulles pourrait même présenter un avantage à cet égard, puisqu’elle nécessite moins de tensioactifs agressifs. Seuls des tests indépendants permettront toutefois de déterminer dans quelle mesure elle élimine réellement la transpiration, les bactéries et les odeurs au quotidien.
Moins de douches, des soins plus intelligents : qu’est-ce que cela change ?
Si la tendance à espacer les douches se poursuit, la question des solutions de remplacement prendra davantage d’importance. Aux côtés des shampoings secs, des gants de toilette et des toilettes rapides au lavabo apparaissent désormais des solutions de haute technologie qui réunissent plusieurs fonctions : nettoyage, détente et suivi de la santé.
Il reste possible de bien prendre soin de soi en utilisant moins souvent la douche classique, grâce à une routine réfléchie :
- nettoyer de façon ciblée les zones du corps les plus sollicitées les jours « sans douche » ;
- choisir des produits doux qui respectent la barrière cutanée ;
- sélectionner avec attention des vêtements de sport et de tous les jours qui régulent mieux la transpiration ;
- s’offrir occasionnellement des soins de bien-être, au sauna, au spa ou peut-être, à l’avenir, dans une telle capsule.
Risques, limites et questions en suspens
Malgré son allure futuriste, ce dispositif laisse plusieurs questions sans réponse. Le traitement de données de santé sensibles dans la salle de bains impose des exigences élevées en matière de protection des données et de sécurité informatique. Qui les conserve, qui peut y accéder et peut-on les relier à d’autres profils, comme ceux des applications d’assurance maladie ?
Des aspects très concrets entrent aussi en jeu : quel bruit fait la machine ? Quelle quantité d’électricité consomme-t-elle ? Peut-on l’installer dans un logement ordinaire sans refaire entièrement la salle de bains ? Ces éléments contribueront à déterminer si cette vision devient un produit grand public ou reste un gadget réservé aux hôtels de haute technologie.
La tendance à prendre moins de douches classiques devrait, elle, se maintenir. Entre hausse des coûts, protection de l’environnement et nouvelles possibilités techniques, une autre conception des soins corporels prend peu à peu forme : des gestes moins fréquents, plus réfléchis et davantage personnalisés, peut-être un jour dans sa propre « machine à laver pour humains ».






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